Italie

Naples quartiers à éviter : guide sécurité par zone

Publié le :

Camille Cottet

Écrit par : Camille

Expatriée à Rome depuis 6 ans

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Naples en toute sécurité : la vraie version

En bref
Naples est plus sûre que sa réputation le laisse croire. Les quartiers touristiques (centro storico, lungomare, Vomero) se visitent sans problème. Les zones sensibles comme Scampia ou Secondigliano sont loin des circuits classiques. Mêmes précautions qu’à Marseille ou Barcelone : pas de téléphone en terrasse, sac devant soi dans le métro.

La première fois que j’ai dit à ma mère que je partais à Naples pour le week-end, elle m’a envoyé trois articles sur la Camorra en l’espace de vingt minutes. Trois. C’était il y a cinq ans. Depuis, j’y retourne trois ou quatre fois par an depuis Rome, et le pire qui me soit arrivé, c’est un serveur qui m’a facturé le coperto deux fois. Bref, on est loin du scénario catastrophe.

Naples traîne une réputation qui date des années 90. Sauf que la ville a changé, et pas qu’un peu. Les vols ont baissé de 6 % en 2024, les cambriolages de près de 18 %. Le taux de vols reste inférieur à celui de Rome : 1,8 pour 1 000 habitants contre 2,3 dans la capitale. Ce n’est pas moi qui invente ces chiffres.

Les mêmes précautions qu’à Marseille ou Barcelone s’appliquent. Pas de téléphone qui dépasse de la poche arrière, pas de sac ouvert en terrasse, pas de bijoux clinquants dans les ruelles à 2h du matin. Du bon sens. Point.

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Le conseil de Camille

Mon test personnel : si je vois des familles avec des poussettes et des mamies qui papotent sur le pas de la porte, je sais que le quartier est tranquille. À Naples, c’est le cas dans 90 % des rues que vous arpenterez en tant que touriste. Fiez-vous à l’ambiance, pas aux articles alarmistes.

La criminalité organisée à Naples ne cible pas les touristes. La Camorra fait ses affaires dans des banlieues où vous n’irez jamais, et franchement, où vous n’avez aucune raison d’aller. Le risque réel pour un visiteur ? Le vol à la tire. Comme à Paris Gare du Nord un samedi soir. Comme partout.

Naples se divise en zones touristiques (centre historique, front de mer, collines) et en banlieues périphériques au nord et à l’est. Tout ce que vous avez envie de voir : pizzerias, musées, églises baroques, bord de mer, se concentre dans la partie sûre. Les quartiers problématiques sont à la périphérie, à des kilomètres de là où vous mettrez les pieds.

Les zones à éviter (ou à surveiller, nuance)

Scampia, la banlieue nord qu’on ne visite pas

Scampia, c’est le quartier de Gomorra. Ses barres d’immeubles (les fameuses Vele) sont devenues des symboles de la marginalité napolitaine, et pas dans le bon sens du terme. Le quartier se trouve à l’extrême nord, à plus de 10 km du centre historique. Vous n’y atterrirez pas par hasard, même en vous trompant de bus.

70 % de chômage. La Vela Celeste qui s’est partiellement effondrée en 2024. Un centre important du trafic de drogue en Europe. Le projet « Restart Scampia » prévoit la démolition de plusieurs Vele et la construction de logements étudiants. La transformation est en cours, mais on n’y est pas encore. Loin de là.

Certains tours organisés proposent des visites culturelles avec des habitants engagés. Honnêtement, c’est la seule façon dont j’irais. Seule, de jour comme de nuit : non.

Secondigliano, même logique

Juste à côté de Scampia. Fief historique de l’Alliance de Secondigliano, une branche de la Camorra qui contrôle le trafic de cocaïne dans le nord de Naples. Entre 2004 et 2006, les guerres de clans y ont fait une centaine de morts. Cent morts en deux ans dans un quartier d’une ville européenne : on laisse ça infuser une seconde.

Aujourd’hui, le quartier reste marqué par un chômage des jeunes à 43 % et un abandon scolaire massif. Sur un sondage de 10 200 élèves napolitains, 64,8 % ont déclaré ne pas vouloir s’opposer à la Camorra. Ça donne une idée de l’emprise.

Vous n’avez aucune raison touristique d’y mettre les pieds. Le Corso Secondigliano a ses commerces, sa vie quotidienne, mais ce n’est pas votre week-end à Naples, ça. Si vous vous retrouvez là par erreur, pas de panique : restez sur les axes principaux, gardez vos affaires et rebroussez chemin.

Forcella, le quartier qui divise

Forcella, c’est autre chose. On est en plein centre, entre le Duomo et la gare. C’est le quartier de la mythique Pizzeria Da Michele (celle de Eat, Pray, Love). Vous y passerez probablement, et vous auriez tort de vous en priver.

De jour, c’est vivant, bruyant, napolitain jusqu’à la moelle. Les marchés débordent, les scooters zigzaguent, les pizzaïolos s’activent derrière leurs comptoirs enfumés. Le quartier remonte à l’époque grecque : le Cippo a Forcella est un vestige des murs antiques de Neapolis. Bon, personne ne visite Forcella pour l’archéologie, soyons honnêtes. On y va pour manger.

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Le conseil de Camille

Forcella en journée : foncez. Mangez votre pizza chez Da Michele, admirez les fresques de Jorit sur la via Forcella, perdez-vous dans les marchés. Après 19h par contre, restez sur les grandes artères éclairées. Les petites ruelles résidentielles changent d’ambiance. Ce n’est pas de la paranoïa, c’est du bon sens napolitain.

Centro Direzionale, le non-lieu

Le quartier d’affaires de Naples, conçu par Kenzo Tange dans les années 80. Tours de verre, esplanades modernes : sur le papier. En vrai ? Un endroit quasi désert dès 18h, avec une atmosphère qui met mal à l’aise même les Napolitains. J’y suis passée une fois pour un rendez-vous administratif. J’avais hâte de partir.

Le problème ici, ce n’est pas la Camorra. C’est le vide. Pas de commerces ouverts le soir, pas de passants, des esplanades bétonnées qui deviennent des no man’s lands après les heures de bureau. Les vols y sont plus fréquents justement parce qu’il n’y a personne autour. Si vous devez passer au tribunal de Naples (qui s’y trouve), allez-y en journée et repartez. Zéro intérêt touristique.

Quartiers Espagnols : là, je vais me fâcher

Je vais être à contre-courant de pas mal de guides et je l’assume : les Quartiers Espagnols sont l’un de mes endroits préférés à Naples. Voilà, c’est dit. Ces ruelles en grille, construites au XVIe siècle pour loger les garnisons espagnoles, débordent de vie, de street art, de petites trattorias où la pizza margherita coûte 4 €. Quatre euros. En France, vous payez ça pour un croissant dans un aéroport.

De jour, c’est absolument sûr. Le linge sèche entre les balcons, les enfants jouent dans les ruelles, les autels à Maradona côtoient les madones. C’est Naples dans son jus.

Le soir, ça change un peu dans les ruelles les plus reculées. Lonely Planet signale des risques de petite délinquance après la tombée de la nuit. Restez sur les artères principales (Via Toledo est juste à côté) et vous n’aurez aucun problème. J’y suis allée plusieurs fois en soirée sans souci. Il suffit de ne pas s’enfoncer seule dans les rues sombres et étroites à 1h du matin, ce qui relève quand même du bon sens élémentaire.

Sanità, le quartier qui se réinvente

La Sanità, c’est le cas le plus passionnant de cette liste. Et je pèse mes mots. Historiquement lié à la Camorra, ce quartier populaire au nord du centre historique connaît une renaissance culturelle portée par ses habitants, pas par des promoteurs extérieurs, pas par la mairie, par les gens qui y vivent. L’association La Paranza, menée par de jeunes Napolitains du quartier, a rouvert les Catacombes de San Gennaro et transformé la Sanità en destination culturelle. Chapeau.

Le musée de Capodimonte trône au sommet de la colline. Le palais baroque dello Spagnolo vaut le détour. Les boulangeries vendent des taralli pour quelques centimes, et ils sont meilleurs que tout ce que vous trouverez dans le centre touristique, je le dis.

Mon verdict : la Sanità en journée est une pépite que beaucoup de touristes ratent par peur. Le soir, restez sur les axes principaux, comme pour Forcella et les Quartiers Espagnols. La transformation est en cours, et elle marche.

Où dormir, où flâner : les quartiers sûrs

Centre historique

Le centro storico est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et la police y est visible. Les rues restent animées jusqu’à tard, la densité de touristes crée une bulle de sûreté naturelle. C’est mon camp de base systématique quand je viens à Naples.

Spaccanapoli, cette rue rectiligne qui coupe la ville en deux, c’est votre colonne vertébrale. De là, rayonnez vers la Chapelle Sansevero et son Christ voilé (époustouflant, vraiment ; j’en ai eu les larmes aux yeux la première fois), le Duomo, la Naples souterraine. Via San Gregorio Armeno, la rue des crèches, est un spectacle permanent, même en juillet, quand les crèches de Noël au milieu de la canicule ont quelque chose de magnifiquement absurde.

Côté hébergement, on trouve des B&B charmants entre 60 et 100 € la nuit, souvent dans des palazzi historiques avec des plafonds à fresques. C’est bruyant : les scooters, les conversations entre balcons, la musique qui sort des bars à toute heure. C’est chaotique. Mais c’est vivant et sûr, et c’est exactement ce qu’on vient chercher ici.

Un mot sur la Piazza Garibaldi, devant la gare centrale. C’est un carrefour de transit, un peu bordélique, avec des vendeurs à la sauvette et une faune nocturne agitée. Pas dangereux comme Scampia, mais c’est le spot numéro un des arnaques aux touristes fraîchement débarqués du Frecciarossa. Mon conseil : traversez d’un pas décidé, ne vous arrêtez pas pour les « offres spéciales » qu’on vous propose, et filez vers le centre.

Chiaia et Posillipo, le Naples chic

Si vous cherchez le calme et le chic, Chiaia est votre quartier. Coincé entre le Lungomare et la colline du Vomero, c’est le Naples bourgeois : boutiques de créateurs via Calabritto, apéritifs sur la Piazza dei Martiri, dîners vue mer à Mergellina. On est loin du chaos du centro storico (certains diront que c’est mieux, moi je trouve que ça manque un peu de caractère). Mais je comprends l’attrait.

Posillipo prolonge cette ambiance vers l’ouest. Villas perchées au-dessus de la baie, vues imprenables sur le Vésuve, Parc Virgiliano tout au bout avec sa vue à 360° sur Capri, Ischia et le Vésuve : gratuit et rarement bondé. Quartier le plus cher de Naples, logiquement l’un des plus sûrs. Les familles avec enfants y seront parfaitement à l’aise.

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Bon à savoir

Le funiculaire de Chiaia (station Piazza Amedeo) relie le quartier au Vomero en 4 minutes. Naples compte trois funiculaires : celui de Chiaia, le Central et celui de Montesanto. Ils font partie du réseau ANM et acceptent le même ticket de métro (1,50 € le trajet simple).

Vomero, perché et tranquille

Le Vomero, c’est le quartier où vivent les Napolitains qui veulent souffler. Perché sur la colline, accessible par les funiculaires ou le métro (station Vanvitelli, ligne 1) : un monde à part. Rues piétonnes, boutiques de quartier, terrasses de café sans attrape-touristes. Franchement, si vous venez pendant les vacances de la Toussaint et que vous voulez éviter la cohue, c’est ici qu’il faut poser vos valises.

Le Castel Sant’Elmo et la Certosa di San Martino offrent les plus belles vues panoramiques sur Naples et sa baie. Un coucher de soleil là-haut avec un sfogliatella à la main : ça vaut tout. La Via Scarlatti et la Via Luca Giordano forment le cœur commerçant : librairies, pâtisseries, boutiques de mode. Le dimanche matin, les familles y font leur passeggiata, la balade dominicale sacrée.

Côté sécurité, c’est le plus tranquille de Naples. Familles, retraités, étudiants. On y dort fenêtres ouvertes, ce qui, venant de Rome, me rend un peu jalouse à chaque fois.

Se déplacer et sortir le soir

Le métro de Naples (ligne 1) est propre, moderne et sûr. Les stations Toledo et Università sont des œuvres d’art, littéralement classées parmi les plus belles d’Europe. Rien à voir avec le RER B un vendredi soir, si vous voyez ce que je veux dire.

Les bus, c’est une autre histoire. Pas dangereux, mais bondés et imprévisibles côté horaires (un peu comme à Marseille, en pire). Gardez vos affaires devant vous dans les bus et surtout dans la Circumvesuviana, le train vers Pompéi et Sorrente. C’est LE spot à pickpockets de la région napolitaine, et je ne dis pas ça à la légère.

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Le conseil de Camille

Mon astuce dans la Circumvesuviana : sac banane portée devant, téléphone dans la poche avant du jean, rien dans le sac à dos sauf une bouteille d’eau. Les vols de téléphone ont augmenté de 9 % en 2024 à Naples, et cette ligne de train est le terrain de chasse préféré des pickpockets.

Naples la nuit est fantastique. La Piazza Bellini et ses bars, le front de mer illuminé, les pizzerias ouvertes jusqu’à minuit. La ville vit tard et bien, comme dans toute l’Italie du sud, mais en plus intense.

Pour sortir sereinement : restez dans le centre historique, Chiaia ou le Lungomare. Si vous êtes dans les Quartiers Espagnols ou Forcella, rejoignez les axes principaux après 22h. Via Toledo est toujours animée. Et les taxis : prenez-les aux stations officielles ou réservez via l’appli. Ne montez jamais dans un taxi non officiel autour de la gare Garibaldi. Jamais.

En cas de pépin

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Numéros utiles

• Urgences : 112 (numéro européen unique) • Police : 113 • Carabiniers : 112 • Consulat de France à Naples : +39 06 96 74 80 49, Via Crispi 86, 80121 Naples • France Consulaire (24h/24) : depuis l’étranger, composez le +33 1 43 17 53 53

En cas de vol, direction le commissariat le plus proche pour une denuncia : la déclaration officielle. Indispensable pour l’assurance. Le commissariat central se trouve Via Medina, en plein centre. Gardez une copie de votre passeport sur votre téléphone et dans votre boîte mail : si on vous vole votre sac, vous aurez au moins vos documents accessibles.

Bon, et on en pense quoi de Naples ?

J’entends souvent des amis à Paris me dire « Naples, c’est pas un peu dangereux ? ». À chaque fois, je leur demande s’ils ont déjà mis les pieds dans le nord de Marseille ou dans certains coins de Seine-Saint-Denis après minuit. Naples n’est ni plus ni moins risquée qu’une grande ville européenne. En fait, je m’y sens souvent plus en sécurité qu’à Rome, et je vis à Rome.

Naples change. Pas dans dix ans. Maintenant. Les Vele de Scampia sont en cours de démolition, remplacées par un projet urbain à 100 millions d’euros. La Sanità se réinvente grâce à ses habitants. Le métro s’étend. Les statistiques de criminalité baissent année après année.

La ville qui m’a le plus surprise en Italie, ce n’est ni Florence ni Venise. C’est Naples. Parce que derrière le chaos (et il y a du chaos, croyez-moi, entre les scooters qui grillent les feux et les klaxons à 7h du matin), il y a une énergie et une générosité qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Les Napolitains sont fiers de leur ville. Ils ont raison.

Allez-y. Prenez les précautions normales, oubliez les fantasmes sur la Camorra, laissez-vous porter. La meilleure pizza du monde, des stations de métro qui sont des galeries d’art, une baie à couper le souffle et des gens qui vous offriront un café si vous leur souriez. C’est ça, Naples.

Camille Cottet
A propos de l'auteur
Camille
Camille vit à Rome depuis 6 ans. Ce qui devait être un Erasmus est devenu une installation définitive — elle ne s'en plaint pas. Freelance en communication, elle passe ses journées entre les ruelles du Trastevere et les chantiers de rénovation de la ville. Elle écrit sur l'Italie comme une locale : avec les bons coins, les arnaques à éviter, et une légère impatience pour tout ce qui est surfait.