Les internautes cherchent les villes de la diagonale du vide comme s’il existait un classement. Il n’y en a pas : aucun décret, aucun zonage officiel ne range des communes sous cette étiquette. Ce que l’on peut dresser, c’est une géographie de la faible densité : des départements qui tournent autour de 15 à 29 habitants au km², et des villes qui, sans être grandes, tiennent le territoire debout.
Cet article fait ce travail à partir des densités publiées par l’INSEE. Il vous donne les sept départements concernés, les pôles qui structurent la bande, et ce que la notion change concrètement si vous envisagez d’y acheter ou d’y louer.
Ce que le mot désigne vraiment
La diagonale du vide désigne une bande de faibles densités qui traverse la France du nord-est au sud-ouest. Elle part des Ardennes et de la Meuse, descend par la Champagne, la Nièvre, le Berry, le Limousin, l’Auvergne et les Alpes du Sud, et s’achève dans les Landes de Gascogne.
Le mot est ancien et scolaire. Depuis les années 1970, les géographes lui préfèrent l’expression « diagonale des faibles densités », plus neutre et moins moralisante. Le glossaire de Géoconfluences le rappelle : la notion décrit d’abord un phénomène de carte, visible à l’échelle départementale.
Les chiffres qui ont fondé le terme sont instructifs. En 1982, la « France du vide » couvrait les deux tiers du territoire, avec une densité rurale de 31 habitants au km² face à 474 en zone urbaine. Un quart du territoire vivait alors sous 20 habitants au km², et n’abritait qu’un Français sur 20.
Pour comparaison, la France hors Mayotte comptait 104 habitants au km² en 2017, selon l’étude INSEE sur les espaces peu denses. Vous mesurez l’écart : dans les départements qui suivent, on est deux à sept fois en dessous.
Les sept départements sous 30 habitants au km²
Voici les densités de population 2022, telles que publiées par l’INSEE et reprises dans la carte de Vie publique. Sept départements seulement passent sous le seuil de 30 habitants au km².
| Département | Densité 2022 (hab./km²) | Repères |
|---|---|---|
| Lozère (48) | 14,8 | Cévennes, Margeride, Causses ; le département le moins dense de France |
| Creuse (23) | 20,8 | Plateau de Millevaches, Marche ; relief doux, bocage |
| Alpes-de-Haute-Provence (04) | 24,1 | Haute-Provence, val de Durance, Ubaye |
| Cantal (15) | 25,2 | Volcans, planèzes, monts du Cantal |
| Hautes-Alpes (05) | 25,5 | Briançonnais, Queyras, Champsaur, Gapençais |
| Haute-Marne (52) | 27,4 | Plateau de Langres, vallée de la Marne |
| Meuse (55) | 29,1 | Argonne, côtes de Meuse, vallée de la Meuse |
Trois précisions utiles. D’abord, un seul département descend sous 20 habitants au km² : la Lozère, à 14,8. Ensuite, le seuil de 30 est un choix de lecture, pas une frontière naturelle : la Nièvre suit à 29,7 et le Gers à 30,8, juste au-dessus. Enfin, la bande de faibles densités est plus large que cette liste : elle inclut des départements entre 30 et 50 habitants au km², comme la Dordogne (46,0), les Landes (46,4), l’Orne (45,2) ou la Corrèze (41,0).
C’est là que la carte et le mot divergent. La diagonale est une forme ; les départements les moins denses sont un seuil statistique.
Les villes qui structurent la diagonale

Les populations communales n’ont pas pu être vérifiées auprès de l’INSEE : aucune ville n’est donc classée ici par nombre d’habitants. Ce qui se décrit sans risque, c’est le rôle. Deux niveaux suffisent : le chef-lieu, qui porte les administrations et les équipements lourds, et la petite ville relais, qui assure le marché, le collège, la gare ou la maison de santé à vingt minutes de là.
| Département | Chef-lieu | Petites villes relais | Ce qui distingue le réseau |
|---|---|---|---|
| Meuse (55) | Bar-le-Duc | Verdun, Commercy, Saint-Mihiel | Un chef-lieu de vallée, des relais patrimoniaux et militaires |
| Haute-Marne (52) | Chaumont | Langres, Joinville, Bourbonne-les-Bains | Un chef-lieu central, des relais perchés ou thermaux |
| Ardennes (08) | Charleville-Mézières | Sedan, Rethel, Vouziers | Un pôle urbain ancien, des relais agricoles au sud |
| Nièvre (58) | Nevers | Clamecy, Château-Chinon, Cosne-Cours-sur-Loire | Un chef-lieu sur la Loire, des relais forestiers ou viticoles |
| Creuse (23) | Guéret | Aubusson, Bourganeuf, Boussac | Un chef-lieu central, des relais d’artisanat et de tapisserie |
| Cantal (15) | Aurillac | Saint-Flour, Mauriac | Un chef-lieu de plaine, des relais d’altitude |
| Lozère (48) | Mende | Marvejols, Saint-Chély-d’Apcher, Florac | Un chef-lieu de vallée, des relais de col et de causse |
| Haute-Loire (43) | Le Puy-en-Velay | Brioude, Yssingeaux | Un chef-lieu de pèlerinage, des relais de plateau |
| Aveyron (12) | Rodez | Millau, Villefranche-de-Rouergue | Un chef-lieu excentré, des relais de vallée |
| Lot (46) | Cahors | Figeac, Gourdon | Un chef-lieu viticole, des relais de causse |
| Dordogne (24) | Périgueux | Sarlat-la-Canéda, Nontron | Un chef-lieu central, des relais touristiques |
| Corrèze (19) | Tulle | Brive-la-Gaillarde, Ussel | Un chef-lieu administratif, un relais ferroviaire au sud |
| Gers (32) | Auch | Condom, Lectoure, Mirande | Un chef-lieu collinaire, des relais de bastide |
| Landes (40) | Mont-de-Marsan | Dax, Tartas | Un chef-lieu préfecture, un relais thermal |
| Alpes-de-Haute-Provence (04) | Digne-les-Bains | Manosque, Sisteron, Barcelonnette | Un chef-lieu thermal, des relais de vallée |
| Hautes-Alpes (05) | Gap | Briançon, Embrun, Laragne-Montéglin | Un chef-lieu de bassin, des relais de montagne |
Cette lecture par les rôles évite l’erreur classique : croire qu’une ville de la diagonale est une ville morte. Ces communes concentrent souvent l’essentiel des services d’un canton entier, sur un rayon de 30 à 40 minutes de route. Leur fragilité n’est pas l’absence d’activité, c’est la dépendance à un seul employeur public, à un seul médecin, à une seule ligne de cars.
Pourquoi la notion est contestée
Le premier reproche est géométrique. Certains géographes excluent l’Orne, qui se situe à l’ouest de la bande, et parfois la Lozère, rattachée au Massif central plutôt qu’à l’axe diagonal. Les contours varient donc d’une carte à l’autre, sans qu’aucune ne soit fausse.
Le deuxième reproche est le mot. « Vide » suggère une absence, alors que ces territoires sont habités, cultivés, entretenus. C’est ce qui a poussé la géographie universitaire vers « diagonale des faibles densités ».
Le troisième reproche est statistique, et c’est le plus solide. Une densité moyenne masque des dynamiques très différentes. Les Landes affichent 46,4 habitants au km², mais gagnaient 1,04 pour cent d’habitants par an entre 2007 et 2017. La Creuse, à 20,8, perdait 0,43 pour cent par an. La Haute-Marne perdait 0,65 pour cent, le Cantal, 0,27 pour cent, et la Meuse, 0,35 pour cent. Même seuil, trajectoires opposées.
L’étude INSEE de 2017 complique encore le tableau. Elle montre que la population des communes peu denses progresse de 0,6 pour cent par an, portée par un excédent migratoire de 0,5 point, et non par les naissances. La croissance des espaces de faible densité concerne huit départements sur dix. Mais sept départements perdent des habitants quel que soit leur niveau de densité : Creuse, Haute-Marne, Indre, Nièvre, Orne, plus la Guadeloupe et la Martinique.
La lecture dominante de cette étude retient l’arrivée de néo-ruraux majoritairement retraités. Autrement dit : un apport de population qui soutient les commerces et le marché immobilier, mais qui ne relance pas la natalité ni l’emploi local. C’est le paradoxe de la diagonale : elle se repeuple parfois en vieillissant.
Ce que cela change si vous voulez vous y installer
La densité ne décide pas de votre qualité de vie. Ce sont les services et les trajets qui décident. Voici les points à vérifier, dans cet ordre.
Services du quotidien
Repérez la commune où se trouvent la boulangerie, l’école, le collège et la gare la plus proche. Faites le test un samedi : beaucoup de bourgs centres fonctionnent bien en semaine et se vident le week-end. Vérifiez aussi les horaires réels de la mairie et de la poste, souvent partagés entre plusieurs villages.
Santé
C’est le critère numéro un dans ces départements. Comptez le temps de trajet jusqu’aux urgences les plus proches, pas jusqu’au cabinet médical. Demandez à la mairie si la commune est classée en zone déficitaire pour l’installation des médecins, et si une maison de santé pluriprofessionnelle existe à moins de 20 minutes.
Emploi
Hors secteur public, l’emploi local repose souvent sur l’agriculture, le tourisme, le bâtiment et l’aide à la personne. Si vous gardez un employeur extérieur, mesurez la distance à la gare TGV ou à l’accès autoroutier avant de signer.
Immobilier

Un bien peut rester longtemps en vente sans que son prix baisse. Faites chiffrer les travaux avant l’offre : toiture, assainissement non collectif, isolation. Sur ces maisons anciennes, la rénovation énergétique pèse souvent plus lourd que le prix d’achat. Demandez systématiquement le diagnostic de performance énergétique et les devis correspondants.
Télétravail et dessertes
Le très haut débit n’est pas partout. Consultez la carte d’éligibilité fibre de l’ARCEP à l’adresse exacte, et non à l’échelle du village. Vérifiez la couverture mobile chez vous, puis la fréquence des cars et des trains : c’est ce qui décide de votre autonomie réelle.
La carte mentale en trois bandes
Quand vous regardez une carte de la diagonale du vide, retenez trois blocs plutôt qu’une ligne.
- Le nord-est : Ardennes, Meuse, Haute-Marne, avec des relais comme Sedan, Verdun ou Langres. Forêt, agriculture, héritage industriel diffus.
- Le Massif central : Allier, Creuse, Cantal, Haute-Loire, Lozère, Aveyron, Corrèze. Relief, élevage, tourisme vert, et les densités les plus basses du pays.
- Le sud-ouest : Dordogne, Lot, Gers, Landes. Bastides, vignes, pin maritime ; des départements souvent au-dessus de 30 habitants au km² mais dans la même logique de faible densité.
- Cette découpe en trois bandes est plus utile qu’une frontière unique. Elle vous dit surtout où se trouvent les pôles d’emploi et les axes de transport, c’est-à-dire ce qui rend un lieu vivable au quotidien.